Demain l’école…

Image de couverture de l'article de Samuel LOUART "L"école demain..."

Le contexte actuel nous amène tous à réfléchir sur le Monde de demain. En réalité, face aux défis sociaux et environnementaux, ce Monde commence dès aujourd’hui. Il ne s’agit plus de faire un constat, déjà dressé par nos aînés il y a plus de 30 ans, mais de proposer des stratégies en rupture (pas disruptives, pitié !), fondées sur l’expérimentation et la prise de risque. Il s’agit d’agir.

C’est à ce titre que j’écris cet article. Une tentative prospective pour imaginer une autre façon de penser l’apprentissage en l’incluant dans un projet sociétal innovant. Ma façon de faire acte d’expérimentation citoyenne pour un changement de paradigme dans une activité que je connais en tant que professionnel, père et ancien pensionnaire des bancs scolaires.

Cette démarche réponds aussi à deux objectifs :

  1. mettre fin à la frustration de me sentir impuissant et inutile face aux changements qui s’annoncent ;
  2. remettre la base de ce qui fait le sel de l’Humanité au centre de nos sociétés : la connaissance.

Car l’enjeu est là, briser le carcan cognitif imposé à nos audaces par 70 ans de capitalisme triomphant. Réinventer notre quotidien pour lui assurer un avenir.

Je souhaite aussi mettre hors-jeu les chimères actuelles qui mènent l’enseignement vers sa privatisation et sa mise au service des entreprises uniquement. Ce ne sont que des modes cognitives pour réécrire différemment le même discours rodé de soumission de l’humain aux besoins d’entités morales artificielles. Ceux qui véhiculent ces notions n’en comprennent que rarement les fondements techniques et les implications éthiques, ils cherchent juste à ponctionner leur part du grand butin virtuel. Il nous faut :

  • arrêter de rêver de la start-up nation. Le principe de la start-up est une croissance rapide qui n’a rien de naturel. Un principe qui valide l’accélération inhumaine du temps subjectif de nos sociétés ;
  • ne pas voire en la digitalisation à outrance le nouveau dieu de l’humanité. Même quand elle ne sera plus une source de fracture sociale, la digitalisation ne répondra pas à tous les besoins humains. Surtout, sa rentabilité supposée, en réduisant la nécessité d’avoir des collaborateurs humains pour les entreprises, est le terreau d’une grave crise sociale si nous continuons à lier moyens de subsistance et salaires ;
  • ne pas attendre de salut de la seule technologie. Beaucoup de nos problèmes ne nécessitent pas de solutions technologiques. Il suffirait de mettre au diapason la connaissance scientifique du monde, les sciences sociales et la formation des humains…

Attachons-nous à la création des vraies richesses en remettant l’humain et son environnement au centre de toutes nos stratégies.

I – Cadre de la réflexion

Imaginons donc que l’école, en tant que lieu d’apprentissage, décide de tenir compte réellement des dysfonctionnements actuels, s’intéresse à la recherche de solutions se fondant sur les nombreuses recherches existantes en pédagogie et redéfinisse ses missions.

Cet acte militant serait une expérimentation avec des partis pris, mais servie par des retours d’expériences réguliers pour en modifier le contenu en vue de plus d’efficacité. Car, ici comme ailleurs, la panacée universelle n’existe pas.

1. Contexte

Il s’agit bien entendu, à ce stade, d’un exercice intellectuel. Je reste cependant convaincu que ce serait une base de réflexion constructive pour une évolution rapide de nos sociétés.

Je précise aussi que cette réflexion n’a aucune prétention autre que d’être celle d’un citoyen curieux. Point de prestige universitaire ou de validation institutionnelle pour lui offrir la moindre légitimité, si ce n’est l’école de la vie !

Cet article est la suite logique des précédents : L’Avenir des Designers Graphiques et La Mémoire Transgénérationnelle. En effet, la connaissance-information comme élément essentiel de l’équilibre des écosystèmes et composante de l’Humanité, doit être envisagée comme une ressource vitale qu’il faut faire fructifier et partager.

Hors, le constat actuel est assez édifiant. Alors que l’instruction moyenne des humains augmente, celle-ci ne sert en aucun cas à créer une société plus harmonieuse. Au contraire :

  • le niveau d’instruction devient l’objet d’une compétition entre individu pour acquérir un statut social par l’accès à une quantité toujours plus réduite d’emplois ;
  • l’éducation est une affaire de chapelles avec une victoire assez nette de celle qui considère que la mission de l’école est de rendre l’individu « employable » ;
  • l’éducation comme moyen de ne pas descendre dans l’échelle sociale, est un poste d’investissement pour les familles. Cette manne financière attise l’appétit des investisseurs privés, les grands groupes internationaux et fonds de pension, qui poussent les gouvernements, par le lobbying, à ouvrir le marché de l’éducation (argent facile et forte rentabilité) ;
  • les individus accèdent de plus en plus à l’information et à la connaissance dans un système restant largement paternaliste et hiérarchique. Les sociétés deviennent instables, les individus n’acceptant plus une organisation dont ils comprennent les objectifs réels et qu’ils considèrent contraires à leur propre intérêt ;
  • l’éducation devenue formation professionnelle, crée des salariés (au mieux) mais pas des citoyens.

Il nous faut donc chercher une rupture qui propose un nouveau mode d’invention de l’école.

1. L’école dans cet article

L’école ici n’est pas uniquement cette institution qui forme à l’entrée dans la vie active. Elle ne se limite pas non plus à un lieu d’instruction pas plus qu’à un centre d’éducation.

C’est tout cela, et bien plus.

Elle ne se limite pas non plus à une vision pédagogique ou à une école de pensée sur ce que doit être la formation de l’humain.

L’école, ici, est l’organisation évolutive (et forcément imparfaite) des activités d’apprentissage, d’éducation, d’éveil, d’échange et de formation d’humains par des humains tout au long de la vie.

Cette organisation peut être formelle, notamment lorsqu’elle s’intéresse à une classe d’âge en phase de construction primaire et d’apprentissage massif (les enfants 😉 !). Elle peut aussi être informelle comme l’école de la vie. Quelle que soit sa nature, elle doit être perçue et valorisée par l’ensemble de la société.

L’école répond à un besoin humain, celui de savoir, de savoir-faire et de comprendre. Et cela tout au long de la vie, ce qui en fait une entité aux objectifs évolutifs. Pour illustrer cela, schématisons :

  • au début de l’existence, l’humain a tout à apprendre y compris les règles de vie en société. L’école est alors lieu d’instruction, d’éducation et d’éveil ;
  • en s’approchant de l’âge adulte, l’humain se questionne sur sa place dans la société et ce qu’il peut y apporter. L’école est alors lieu d’instruction, de formation professionnelle et d’éveil ;
  • une fois adulte, l’humain a sans cesse besoin d’apprendre, de s’émerveiller, de mettre à jour ses connaissances, de se cultiver. L’école est alors un lieu ouvert et libre de transmission et d’échange. Cette phase n’existe pas encore à une grande échelle dans notre société. Nous ne connaissons guère que la formation professionnelle continue ou la reconversion professionnelle.

Le sujet est donc vaste. Réinventer l’école semble une marotte partagée par de nombreux Ministres et de non moins nombreux théoriciens(ennes). Beaucoup de ces derniers(ères) sont sincères et proposent des solutions qui devraient faire l’objet d’une mise en application pour le bien de tous.

Pourquoi cela n’est-il pas fait ?

Sans doute parce qu’avant d’entrer dans la pédagogie, ses techniques et l’expérimentation, il est essentiel (et moins technique) de définir une Charte de l’école. Pour cela, nul besoin d’être un pédagogue. Tout le monde a voix au chapitre ici.

Car les grands principes ont l’avantage de donner une grille de lecture claire sur les orientations idéologiques qui sous-tendent le système. Et nous le savons, en toute activité humaine, l’idéologie colore l’action.

Aucun texte alternatif pour cette image

Projet de Charte

Préambule

L’école dans un monde en pleine transformation ne peut être perméable aux enjeux qui s’imposent à la société civile. L’école, élément indispensable à toute société humaine, doit se positionner face aux défis sociaux et environnementaux que l’Humanité doit relever.

L’école, est l’organisation évolutive (et forcément imparfaite) des activités d’apprentissage, d’éducation, d’éveil, d’échange et de formation d’humains par des humains tout au long de la vie.

L’école en tant que principe est sacrée et inaliénable.

L’école en tant qu’organisation est évolutive en fonction des besoins spécifiques du lieux, des circonstances et des choix éclairés des citoyens. Cela, sous réserve d’assurer in fine, à tous les humains, le même accès à la connaissance.

Article 1 | Droit à l’école

L’école affirme être ouverte à toutes et à tous sans discrimination de genre, d’origine, de nationalité, de croyance religieuse, d’opinion politique, d’âge ou de handicap.

L’accès à la connaissance est un droit fondamental au même titre que ceux édictés par la DDDHC. La connaissance est une ressource durable de l’Humanité et l’école est l’outil de sa dissémination.

L’école organise la transmission du savoir et des compétences sur tous les territoires sans discrimination.

L’école est gratuite pour tous dans son accès comme dans son utilisation. Toute privatisation ou mise en place de coût d’étude s’apparenterait à un déni d’école.

Les responsables en charge de l’organisation de la société font en sorte d’assurer son financement.

Article 2 | Les principes généraux

L’école est la garante de la promotion d’une société fondée sur l’épanouissement humain, la reconnaissance des droits du vivant et le respect de l’écosystème Terre.

L’école fonde son action sur les principes généraux suivants :

  • la non-discrimination de toute personne quel que soit son genre, ses croyances, son orientation sexuelle, ses opinions politiques, son âge ou son handicap ;
  • la communication non-violente, l’empathie et la formation au dialogue pour les échanges entre personnes ;
  • la recherche première de l’épanouissement humain ;
  • le choix de la collaboration plutôt que de la compétition ;
  • l’attachement au principe de gestion collaborative de son activité ;
  • la sobriété dans l’usage des différentes ressources et énergies ;
  • l’adaptation dans la mise en œuvre des apprentissages par la prise en compte des différentes typologies d’intelligence et de mémorisation ;
  • le choix d’une pédagogie de l’échange et de la proximité permettant de s’adapter aux particularités de chaque apprenant. La numérisation de l’économie n’impose pas une dématérialisation des méthodes d’apprentissage ;
  • la validation des compétences par l’abandon du système de notation et de classement ;
  • l’adhésion à un système temporel en accord avec le cycle naturel de l’humanité ;
  • l’apprentissage tout au long de la vie ;
  • le refus d’une soumission de l’école aux besoins de tierces parties comme des entités morales privées.

Article 3 | Les missions de l’école

L’école est un lieu d’éveil au sein duquel s’exerce le libre arbitre, le droit à la critique argumentée et la bienveillance.

L’école, en tant que système d’organisation de l’activité de transmission et de formation, est une entité indissociable de ses composantes humaines. Elle est un outil d’organisation de l’activité. Ses intérêts propres ne peuvent justifier le renoncement aux principes édictés dans cette charte.

La raison d’être de l’école est la transmission d’individu à individu et la création de lien. Cela n’est pas compatible avec une pratique déshumanisée visant à une plus grande rentabilité. Les indicateurs de réussite et de bonne santé de l’école seront détaillés plus bas.

1. Éveil

La première mission de l’école est l’éveil de l’individu à la richesse et la beauté du vivant.

Cela part, de la connaissance de soi à l’ouverture à l’autre, en passant par la compréhension de sa place dans l’écosystème Terre.

Tout au long de sa vie, un humain doit pouvoir bénéficier, grâce à l’école, des avancées dans la compréhension du monde. Cette mission d’éveil continu, par la vulgarisation scientifique notamment, est essentielle à la progression constante de l’Humanité.

2. Instruction

L’école a pour mission historique d’instruire, c’est-à-dire de transmettre les savoirs théoriques accumulés par les générations précédentes.

3. Formation à l’adaptation

Une école ne peut avoir pour seul objectif de former ses apprenants selon les connaissances et les savoirs en vigueur à un instant « T ».

Elle doit anticiper leur évolution, qui est l’une de leurs principales caractéristiques. Ceci implique l’enseignement d’une méthodologie de réflexion et d’apprentissage en amont de tous contenus spécifiques.

L’école fonde donc son activité d’instruction sur la formation préalable aux méthodes de raisonnement, d’analyse, de recherche d’information et d’apprentissage indispensables pour construire un savoir évolutif, critique et autonome.

4. Éducation

L’école a aussi pour mission, en synergie avec d’autres entités de la société comme la famille, d’éduquer par la transmission de valeurs et de principes servant de fondement à la société.

L’école se doit de doter chaque individu des connaissances nécessaires à l’exercice éclairé de sa citoyenneté.

L’école enseigne, dans sa compétence éducative, les principes de la communication non-violente. Ce principe de gestion des relations humaines est indispensable dans une société pacifiste et non-compétitive. Sa généralisation doit permettre de sortir d’une société du conflit et de la compétition.

5. Formation

L’école doit permettre « l’insertion professionnelle » des citoyens mais aussi participer à la réflexion générale autour des métiers pour en assurer une pratique cohérente avec les valeurs d’une société durable et humaniste.

En ceci, l’école doit offrir un cadre de compréhension pertinent des enjeux professionnels à ses élèves sans se faire l’ambassadrice du seul discours d’entités morales tierces. Elle doit aussi promouvoir une vision pérenne des métiers.

L’école doit inscrire sa mission dans la recherche de l’épanouissement professionnel de ses apprenants. Elle est un lieu de formation de citoyens, qui lui ont fait confiance, afin de leurs offrir la capacité à exercer un métiers leur assurant liberté matérielle et épanouissement.

L’école, comme tout lieu d’apprentissage, ne peut se dissocier de la société dans laquelle elle s’inscrit. Ses apprenants sont donc aussi des citoyens et de futurs citoyens-travailleurs. La mission de l’école est aussi d’assurer une mise en perspective de l’activité professionnelle et de la citoyenneté.

6. Promotion de la créativité et de l’expérimentation

L’école doit être un lieu de mise en pratique, d’expérimentation et d’évolution des connaissances.

Pour ne pas retomber dans le dogmatisme et figer l’institution, les principes suivants doivent servir de garde-fou :

  • l’école favorise le dialogue et l’esprit critique ;
  • l’école accepte la remise en cause constructive ;
  • l’école organise de manière systématique des périodes d’expérimentation libre, que ce soit de la part des personnels participant à ses missions que des apprenants ;
  • l’école choisit une pédagogie de l’expérience et de la démarche créative ;
  • l’école accepte l’échec.

Article 4 | Reconnaissance des compétences

L’école poursuit sans cesse la recherche d’un système d’évaluation alliant accompagnement bienveillant et détermination efficace des compétences acquises, dans l’intérêt de l’apprenant.

L’acquisition ou la reconnaissance d’une compétence ne peut être subordonnée à une période de temps. L’école reconnait le droit pour chaque individu d’organiser l’acquisition de connaissances-compétences selon son propre rythme.

Les systèmes de notation et de classement sont abandonnés, considérés comme trop subjectifs et porteurs d’un héritage social négatif et contre-productif.

L’école tient à affirmer sa conviction que tout système d’évaluation porte en lui ses propres limites et dépend essentiellement de la qualité de sa mise en application.

Article 5 | Qualité et procédures d’amélioration

Afin d’assurer l’amélioration de son activité en général, l’école met en place des procédures régulières de consultation.

1. Consultation des apprenants

À chaque fin de cursus, de cycle ou d’année (selon les cas), une enquête de satisfaction est remise aux apprenants afin d’analyser leur retour d’expérience.

Ces retours écrits font l’objet d’une synthèse qui est ensuite présentée et commentée à l’ensemble des collaborateurs concernés afin d’améliorer le cas échéant les points le nécessitant.

2. Consultation du personnel éducatif

Le personnel répond chaque année à une consultation anonyme sur le fonctionnement de l’école. Les résultats sont débattus lors d’une réunion plénière de travail dans chaque structure afin d’imaginer ensemble les pistes d’amélioration.

3. Consultation de la société civile

Toute la population peut s’exprimer et participer à l’amélioration du bien commun qu’est l’école, lors des assises quinquennales de l’école.

4. Consultation des acteurs productifs

Toutes les entités organisant la vie productive de la société sont interrogées tous les trois ans sur la mission de formation professionnelle de l’école.

6. Démarche Qualité

La qualité est au cœur de la démarche de l’école.

La qualité s’entend, non d’une procédure purement administrative, mais de la poursuite réelle de l’amélioration de son fonctionnement. Les indicateurs principaux en sont :

  • épanouissement des apprenants durant leur cursus ;
  • entrée dans la vie professionnelle à un poste correspondant à leur attentes ;
  • pourcentage d’abandon en cours des cursus ;
  • qualité des interactions sociales ;
  • qualité de vie des individus ;
  • vitesse de diffusion des connaissances nouvelles ;
  • respect de l’égalité devant la connaissance ;
  • niveau de la participation à l’activité citoyenne dans la population ;
  • épanouissement des acteurs de l’activité de transmission de la connaissance ;
  • stabilité des équipes éducatives ;
  • retours positifs lord des différentes consultations.

CONCLUSION

Bien que long, cet article n’effleure que l’ensemble des sujets à aborder. D’un point de vue organisationnel, de nombreux points sont à détailler, et en terme de pédagogie il reste tout à faire.

Néanmoins, cet exercice me semble intéressant, salutaire et de nature à ouvrir le débat et, qui sait, fédérer les énergies en ce qu’il pose une orientation claire pour la transmission de la connaissance. Orientation très éloignée de la stratégie actuelle de nos dirigeants politiques.

Nous ne pouvons continuer à penser l’école uniquement comme un centre de formation des futurs travailleurs ou nous courrons à la catastrophe. Dans le monde qui s’annonce, des connaissances fondamentales doivent être maîtrisées par tous les humains : biomimétisme, permaculture au sens large, communication non violente, principes généraux de la connaissance scientifique, fonctionnement des institutions, fonctionnement du corps humain. Que des matières quasiment absentes de tous les programmes…

Seule notre inaction pourra nous être reprochée demain…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *