Réflexion prospective pour une transition civilisationnelle

Couverture de l'article "Un autre chemin"
Penser un autre chemin…

Il est temps…

Une majorité ne veut pas le voir, beaucoup d’entre nous le pressentent, une minorité en a la certitude, s’appuyant sur des faits, du travail d’analyse et le recoupement des informations. Parmi cette minorité, certains déploient une énergie sans faille pour alerter et lancer une action collective de réveil

Le temps des changements et des incertitudes lié au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité, à la pénurie annoncée de matières premières dont les minéraux, à l’instabilité sociale issue de l’accroissement des inégalités ; ce temps arrive.

Conscient de cela, nous nous sentons souvent seuls face à notre envie d’action, de changement et à nos doutes. Pourtant, il est important d’agir, de mettre en perspective et de se dessiner un chemin mental pour conserver ce qui fait avancer l’humain : un avenir à vivre.

Nous avons besoin de perspective et d’un cadre pour imaginer une aventure commune qui justifie nos actions, nos efforts et notre engagement. J’ai besoin d’un chemin prospectif, d’une expérience d’anticipation, pour synthétiser l’état actuel de mes connaissances et de ma prise de conscience.

Il me semble qu’il est important de s’obliger individuellement à définir à quel « récit » nous souhaitons croire et quelle « stratégie » nous souhaitons mettre en œuvre pour y parvenir. Sans cela, nous ne faisons que remettre aux autres la responsabilité de la conduite de nos vies, nous refusons notre devoir de citoyen et de membre du vivant et nous signons un blanc-seing à ceux qui hypothèquent notre avenir.

L’écriture d’un récit est aussi un acte fondateur en ce qu’il permet ensuite un partage et une construction commune pour dépasser les constats et entrer, « en réflexion », dans la réalisation d’un projet de société. Car nous devons être individuellement actifs et responsables, mais nous ne ferons rien sans le collectif et l’entraide.

I – Le constat

Nous sommes au cœur du cyclone, dans cet œil qui semble encore préservé où, pour peu que l’on ne regarde que son nombril, tout semble paisible. Mais pour peu que l’on relève la tête, le désordre apparaît devant nous.

L’instabilité qui, dans un instant, nous saisira pour nous faire valser au grès de ses humeurs et nous déposera, brisés sans doute, à des lieux du chemin que nous étions en train d’emprunter.

Les raisons de cette rupture sont nombreuses, concomitantes et prennent toutes racines dans notre aveuglement social (croissance des inégalités, déni démocratique, culte de la croissance, adoration de la compétition) et notre inconscience environnementale (pillage des ressources, destruction des écosystèmes, dédain du reste du vivant).

Nul ne peut prédire précisément ce qui arrivera, ni quand. Mais personne n’est assez fou pour croire encore que sans volontarisme l’issue puisse être positive et agréable pour l’humanité.

Alors que faire ?

II – Un chemin et une carte

Bien que la carte ne soit pas le territoire (Alfred Korzybski – Sémantique générale), je pense qu’il est préférable d’envisager un nouveau chemin de vie en tentant d’en dessiner la cartographie. Cette expérience d’anticipation ne doit pas être un carcan hypothéquant l’avenir mais une simulation prospective des enjeux, des outils et des valeurs qui guideront ensuite le cheminement avec tous les ajustements qui s’avèreront nécessaires.

Donc, en point de départ à notre voyage dans l’avenir, il nous faut définir les valeurs qui nous guideront dans l’élaboration de solutions et la résolution des problèmes qui se présenteront :

  • L’optimisme
  • Le besoin et le respect de l’autre
  • Réintégrer le vivant
  • Partager et transmettre
  • Innover
  • S’investir
  • Apprendre

a. L’optimisme

Aussi improbable que cela puisse paraître quand on parle d’effondrement, la première valeur qui me guide est l’optimisme. Pas un optimisme béat ou une croyance aveugle en un âge d’or à venir.

Non, l’optimisme de l’énergie vitale que le vivant insuffle en chacune de ses particules élémentaires. L’envie de faire partie d’une aventure commune pour découvrir de nouvelles façons de coopérer, de nouveaux outils pour vivre en symbiose avec notre environnement, de nouvelles règles sociales pour nous organiser dans le respect et le partage.

L’envie de vivre est pour moi l’optimisme originel, celui qui fait croire à un singe sans poil et fragile qu’il peut se faire une place au sein de la grande aventure du vivant.

L’optimisme est le terreau de l’adaptation. Il est inutile de s’apitoyer sur le constat si nous ne faisons que cela (on peut tout de même se permettre des coups de mou pour évacuer 😉 !), il est sclérosant de ne voir que la tempête arriver, il est anxiogène de ressasser sans cesse le bilan de nos sociétés si cela se limite à de l’autoflagellation ou de la colère. Il ne reste plus que l’optimisme, la croyance assumée en un avenir possible, soutenable et porteur de sens pour le genre humain.

L’optimisme est l’élégance du réaliste.

b. Le besoin et le respect de l’autre

Au début de ce chemin, je sais que l’on ne peut l’arpenter seul, à moins d’aimer les impasses. J’ai besoin de l’autre, d’une société aussi petite soit-elle, pour offrir une chance à cette aventure et préparer un avenir à nos enfants.

Un avenir n’a de sens que s’il ne se limite pas à la survie mais propose au contraire un cadre de partage et d’épanouissement. Pour cela, il est impossible de s’imaginer en sur-humain à même de résoudre seul tous les défis qui s’annoncent. Nous sommes des animaux prosociaux et construire une nouvelle société nécessite de s’appuyer sur notre intelligence collective et notre propension à l’entraide.

Cette entraide doit se fonder sur l’équité et le partage des ressources et des responsabilités. Nous pourrions, sur le principe de la nécessité de travailler collectivement, imaginer une société hiérarchisée à l’image de ce que nous connaissons actuellement sans partage des richesses. Mais nous le savons, c’est une impasse qui mène toujours à de l’instabilité. Il nous faut donc faire le premier pas en désapprenant à associer réussite et richesse matérielle, responsabilité et argent, bonheur et pouvoir d’achat.

Si cela est simple sur le papier ou en mangeant des cacahuètes, c’est sans doute un peu plus complexe au quotidien, au moins dans les premiers temps. Pourtant, si nous voulons fouler durablement la surface terrestre, il nous faut apprendre à associer bonheur et sobriété, confort et satisfaction des besoins vitaux. Dans ce contexte, les nouvelles sociétés devront savoir définir ce qui est nécessaire à la vie et assurer le partage de tout le surplus de façon équitable et en bannissant l’accumulation et l’inutile.

L’ère de la coopération et du partage arrive, du moins si nous faisons ce choix.

Cela présuppose aussi que le partage et la diminution des inégalités passe par le respect de l’individu et l’égalité citoyenne de tous. Quand je dis « présuppose », j’entends dans le cadre des valeurs qui me guide sur le chemin à venir. Nous pourrions en effet imaginer un système dans lequel, sous le prétexte des menaces à venir, une majorité s’en remette à un « leader » capable de la guider et de la protéger dans la tempête à venir. Ce n’est pas ce chemin que je souhaite promouvoir, mais comme il est le plus probable et le plus facile, je pense que nous devons rapidement nous organiser intelligemment pour lui faire obstacle.

L’égalité citoyenne repose sur l’affirmation que tout individu, sans discrimination de sexe, d’origine, de croyance ou d’opinion est un citoyen à part entière. Précisons, dans le contexte qui s’annonce, que l’origine doit s’entendre de façon temporellement souple. En effet, nous avons pour habitude de parler d’origine à la seconde ou troisième génération de personnes issues de l’immigration. Mais en période de troubles climatiques, il est impossible de continuer ainsi. Cela reviendrait à considérer une partie de l’actuelle humanité comme de futurs immigrants potentiellement sans citoyenneté, de fait, quand ils auront pris le chemin de l’exil climatique. Les règles de droit actuelles en feront des apatrides (puisque leurs pays ne seront plus habitables) qui erreront sans citoyenneté et avec le risque que leurs enfants n’en acquièrent aucune au regard de la tentation de repli national dans les zones tempérées (Europe et Amérique du Nord).

Je pose alors comme jalon moral qu’il est nécessaire de prévoir la citoyenneté terrestre au plus vite. Une citoyenneté fondée sur des valeurs communes enseignées à tous et non sur une identité territoriale. Cette citoyenneté ouvre des devoirs (se conformer aux valeurs communes, au respect de chaque individus et à la protection de notre Terre-Mère) mais aussi des droits, dont le premier serait un libre accès aux écosystèmes viables en cas de destruction de son cadre de vie historique.

Bien entendu, une telle citoyenneté demande un travail normatif des peuples (pas seulement des gouvernements) pour s’entendre sur les mécanismes et les règles de cette citoyenneté. Mais elle aurait l’avantage de nous sortir de notre position de propriétaires terriens pour nous placer dans celle de colocataires responsables. Elle nous préparerait à un partage inconfortable et perturbant au début, mais toujours préférable à l’application de la loi du plus fort.

Je choisis donc de créer un récit qui repose sur l’entraide, le partage, la solidarité et la collaboration.

c. Réintégrer le vivant

Parmi les valeurs indispensables pour construire une société ou des sociétés pérennes, il y a la nécessité d’arrêter la dissociation mortifère entre le genre humain et la Nature. Revenons à ce que savent tous les peuples premiers : nous sommes une composante parmi d’autre du grand cycle de la Vie. La Nature est nous et nous sommes la Nature.

Ce ne doit pas être une déclaration de principe, mais une réelle immersion dans le vivant en regardant ce qu’il reste de nos écosystèmes comme nos compagnons de route. Nous ne pouvons vivre et nous épanouir que dans l’interrelation que nous tissons avec l’ensemble de ce qui vit. En cessant de nous considérer à part et surtout « supérieurs », nous seront à même de nous ouvrir aux leçons que nous donnent les autres espèces et à concevoir des relations de symbiose et de réciprocité durables plutôt qu’un usage violent et opportuniste.

Nous apprendrons à observer pour apprendre, imiter et pourquoi pas participer à l’amélioration des solutions inventées par le vivant. Pour cela adoptons la démarche du biomimétisme.

Nous apprendrons aussi à limiter nos besoins et nos envies à ce qui est nécessaire, laissant de côté notre nature capricieuse. Mais cela ne signifie pas tomber dans l’excès inverse. Il faut savoir trouver le juste milieu entre une vie sobre qui réponde à nos besoins physiques et psychiques et une nouvelle forme de folie collective qui souhaiterait, dans un mouvement de sacrifice expiatoire, faire de l’humain ce qu’il n’est pas.

Pour illustrer ce point, je prendrai la thématique de notre régime alimentaire (je prends un risque). S’il est indéniable que nous surconsommons les protéines animales et que cela se fait en plus avec un irrespect total des autres espèces animales que nous élevons (quand nous ne les modifions pas génétiquement), je ne suis pas pour l’extrême inverse, à savoir le véganisme. Pourquoi ? Parce que nous savons que le métabolisme humain a besoin d’éléments essentiels contenus dans les protéines animales et que les régimes actuels végan n’apportent que rarement cela, créant des carences chez beaucoup de pratiquants sincères. Ceux qui arrivent à compenser cet apport le font au prix d’un suivi alimentaire complexe et coûteux peu compatible avec la réalité quotidienne de nombreuses personnes. Et souvent, au prix de la consommation d’éléments exotiques très coûteux en empreinte carbone… En conclusion de cet exemple, je dirai qu’il nous faut désapprendre à consommer des protéines animales en grande quantité (diviser par x ?) et le faire dans le respect de la dignité animale. Nous devons aussi accepter que dans le cycle de la vie, certaines espèces en consomment d’autres. Je pense que le chemin est là entre respect, sobriété et réalisme. Loin des excès et des absolus.

d. Partager et transmettre

Cette nouvelle approche se fera avec une éthique non financière et non-individualiste. Sur le nouveau chemin que nous emprunterons, il faudra organiser un partage spontané et gratuit des connaissances et savoir transmettre son expérience.

C’est un point crucial qui va à l’opposé de ce que voudraient les dirigeants du monde actuel qui souhaitent privatiser la connaissance et breveter à-tout-va la moindre technique ou la moindre découverte. Il nous faut sortir de cette monétisation-rétention du savoir pour en assurer la diffusion rapide et l’amélioration collective.

Cela ne peut fonctionner que si tous, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de tricheur et que la règle profite à la communauté. De même, cela évitera une manipulation de la réalité au profit des intérêts ou des objectifs de certains groupes peu scrupuleux.

e. Innover

Ce point est important pour sortir de l’ornière du « retour au Moyen-Âge ». Construire une société sobre et plus solidaire en abandonnant les énergies fossiles et le capitalisme ultra-libéral, ce n’est pas prôner le retour au Moyen-Âge et espérer une société « tristouze » de l’entre-deux.

Le chemin que je souhaite emprunter est au contraire de poser un vrai projet de civilisation en s’appuyant sur notre capacité à inventer sans cesse. Nous devons être certains que l’humain peut être source de création positive si son incroyable soif d’apprendre et de comprendre est au service d’un projet enthousiasmant.

Je retrouve d’ailleurs cette valeur dans les ouvrages de Bill Mollison sur la permaculture.

f. S’investir

Ce sera court : les palabres et les grandes théories c’est bien, mais l’action seule donne une matérialité à nos idées.

N’agissons pas sans réfléchir et ne réfléchissons pas sans agir.

Il nous faut avoir conscience que l’invention de solutions pérennes et la création d’une nouvelle civilisation ne se fera pas sans beaucoup d’investissement (pas financier) de chacun d’entre nous et de travail humain (au sens huile de coude) si nous abandonnons nos esclaves-pétrole (pour une approche éclairante de l’énergie).

g. L’envie d’apprendre

Pour finir cette première approche des valeurs qui guident l’élaboration d’un nouveau projet de vie, il reste à évoquer celle sans qui rien n’est possible : l’envie d’apprendre.

Au cœur d’une vie d’humain ou d’une société, tout se délite quand l’envie d’apprendre et de comprendre disparaît. Nous devons accumuler sans cesse de nouvelles connaissances, nous ouvrir aux autres expériences, remettre en cause nos certitudes, collecter les informations quotidiennes que nous envoie notre environnement pour définir et adapter notre stratégie de vie.

Nous devons donc consacrer du temps à cette activité qui peut prendre de multiples aspects. Peu importe ce que vous apprenez, ce qui est important c’est de ne pas céder à l’indolence généralisée.

III – Une stratégie d’action

Dans l’expérience prospective qui nous occupe aujourd’hui, une fois posées les valeurs qui la guident, il est important de fixer une stratégie. Bien entendu, ce « plan d’action a priori » devra sans cesse évoluer en fonction de la réalité de l’action et les nouvelles connaissances acquises.

Pour cela, posons des principes d’action :

  • Principe 1 – Anticiper et agir
  • Principe 2 – Penser local
  • Principe 3 – Observer et Apprendre
  • Principe 4 – Partager et fédérer
  • Principe 5 – Organiser

Principe 1 – Anticiper et agir

Notre société actuelle, en tout cas celle dans laquelle je vis, semble tiraillée entre des forces contraires et sclérosantes : la défense et la poursuite coûte que coûte de la croissance et de la compétition pour l’argent ou la prise de conscience incrédule et paralysante d’un désastre à venir.

Bien entendu, entre ces deux extrêmes, tout un panel de réactions existent mais le constat final est que l’inaction face à l’urgence prédomine.

Pourtant, nous ne pouvons nous satisfaire de ce constat, il nous faut anticiper les possibles scenarii à venir en nous documentant et en confrontant nos points de vue. Pré-écrire le devenir possible recèle toujours le risque de créer des prophéties autoréalisatrices, mais je pense que la quantité d’informations disponibles et le consensus global autour de la question du risque d’effondrement, émanant de scientifiques du Monde entier, nous prémuni contre cela si nous ne tombons pas dans les extrêmes (pour savoir enfin ce qu’est le GIEC).

Il nous faut donc anticiper les défis que nous allons avoir à relever, les nommer, les lister et les partager afin de commencer à agir.

Cette action doit s’appuyer sur une démarche personnelle permettant à chacun de faire le deuil de ce cocon trompeur qu’est notre société de consommation avant de définir un nouveau projet de vie personnel qui s’inscrira dans des projets collectifs plus vastes.

Mais il faut agir.

Nous pouvons commencer par des petites choses, je liste ici l’amorçage anecdotique d’une démarche familiale :

  • utiliser de nouveau des serviettes tissus et non de l’essuie-tout ;
  • bannir les pâtes à tartiner à base d’huile de palme ;
  • acheter des fruits et légumes de saison à des producteurs locaux ;
  • récupérer l’eau de pluie ;
  • ne plus programmer de vacances ayant recours à l’avion ;
  • parler en famille sereinement de l’état du monde et commencer à dessiner une aventure familiale nouvelle ;
  • faire son compost en attendant le petit jardin à venir,
  • ne plus acheter de smartphones neufs mais préférer au pire le reconditionné (au mieux ne rien acheter ;-)) ;
  • apprendre à faire son liquide vaisselle et sa lessive, etc…

Ce n’est pas grand-chose, mais cela nous remet en ordre de marche, amorce une action plus profonde de reprise en main de notre avenir et de notre capacité à agir.

Ensuite, une action plus globale pourra s’amorcer naturellement.

Principe 2 – Penser local

Cette action globale passe par la réappropriation de notre environnement de vie. Pour cela, il faut repenser local car c’est dans les limites d’un espace compatible avec des transports sans pétrole que peut se dérouler une vie sobre.

C’est donc localement que nous trouverons l’espace, les humains et les ressources qui nous permettront de monter un projet de vie. Il nous faut recentrer notre vision et notre approche stratégique.

Il nous faut définir les règles du jeu « En avant vers une nouvelle civilisation » en fonction des caractéristiques uniques du territoire qui nous entoure.

Principe 3 – Observer et apprendre

En bon quadra de l’économie des services, je regarde le paysage autour de chez moi comme s’il s’agissant d’un tableau. Parfois je m’y promène et je me gargarise lorsque je sais nommer tel arbre ou telle plante.

En réalité, 99,9% de ce qui fait le biotope du lieux où je vis échappe à ma connaissance et à ma compréhension. C’est le drame de notre société hors-sol, un affront à la Terre-mère qu’aucun peuple premier ne saurait accepter. Nous ne savons pas où nous vivons.

Nous disons que notre environnement se dégrade mais le connaissons-nous ?

Donc, nouveau principe de vie : je me mets à réellement observer mon environnement et j’apprends tout ce qu’il faut savoir sur les plantes, les arbres, les animaux, la topographie, le climat, l’économie et la population de mon lieu de vie. Pour cela, je me rapproche des anciens et des nombreuses associations qui collectent et transmettent ces informations. Je me demande à quoi ressemblait l’écosystème d’origine de mon lieu de vie.

Bref, je recense toutes les informations qui me permettront de comprendre mon environnement et de définir le cadre d’action et les contraintes-opportunités qui s’imposeront à ma créativité.

Parallèlement, j’apprends et je me forme aux connaissances nécessaires pour réaliser ce projet. Dans le cadre qui nous occupe, j’opte pour une approche permaculturelle globale visant à l’autonomie alimentaire et l’épanouissement social.

Principe 4 – Partager et fédérer

Bien entendu, par principe nous ne sommes pas dans une stratégie survivaliste ! Nous avons l’ambition d’inventer une nouvelle civilisation (rien de moins, quitte à tout risquer autant viser la Lune !). Cela signifie que nous sommes dans le vivre ensemble et le partage, dans l’expression de l’hyper-sociabilité humaine.

Nous devons donc fédérer les énergies, partager nos aspirations, nos doutes et nos expériences pour créer des communautés de pensée et d’action avec d’autres personnes partageant nos valeurs. Il faut fédérer les énergies pour atteindre les seuils critiques d’organisation qui rendront les projets viables.

Le partage est indispensable pour maintenir entre les différents projets locaux, géographiquement éloignés, une communauté de pensée et de destin qui assurera l’indispensable promotion de la notion de citoyenneté terrestre. Car si nous devons définir nos projets de vie dans un cadre local, cela n’est pas antinomique avec le développement d’une communauté de pensée mondiale, la promotion de valeurs universelles, le partage de la connaissance et l’entraide entre les écosystèmes.

Principe 5 – Organiser

Un autre principe indispensable pour agir est de s’organiser !

Encore une fois, le premier niveau est celui de l’individu. La grande beauté de la période qui s’ouvre est la liberté totale que nous avons de nous organiser, nos institutions ayant complètement abandonné la gestion de cette possible transition. Du coup, chacun peut, en conscience, organiser comme il le souhaite son parcours de transition.

Nous sommes les passagers clandestins d’une société en roue libre.

Pour ma part, le premier niveau d’organisation est celui de la cellule familiale. C’est elle qui détermine l’aventure commune, les valeurs et le chemin que nous choisissons. Cette organisation est une stratégie hybride : mixer une vie au sein de la société actuelle en ayant une attitude sobre (et une activité citoyenne engagée pour tenter de changer les choses de l’intérieur) avec une activité de transition faite d’apprentissages et de mise en pratique pour tendre à l’autonomie. Cela permet de ne pas attendre que l’impulsion vienne des autres tout en évitant la radicalité et la précipitation.

Ensuite, l’organisation suppose la création d’un groupe de partage et de réalisation plus large avec des techniques cohérentes avec nos aspirations : communication non violente, empathie, partage des valeurs, gestion de groupe non hiérarchiques, etc…

IV – Synthèse

J’ai essayé ici de décrire le cadre d’action, les valeurs et les principes qui guident l’expérience d’anticipation que j’initie dans cette phase introspective avant le déploiement d’une stratégie de vie et l’action qui en résulte.

Cette expérience permet d’échanger plus facilement et de façon structurée avec nos proches en nous éloignant de la panique ou du déni afin de créer avec eux un nouveau niveau de réflexion et d’action.

Viendra ensuite le niveau collectif de fédération des énergies, des savoirs et des compétences.

Alors, nous pourrons dire que le récit commence, puisqu’un autre chemin sera envisageable.

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